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« C’était merveilleux de descendre l’interminable escalier en pensant que j’avais eu de la chance dans mon travail. Je travaillais toujours jusqu’au moment où j’avais entièrement achevé un passage et m’arrêtais quand j’avais trouvé la suite. Ainsi, j’étais sûr de pouvoir poursuivre le lendemain. […] Ce qu’il faut c’est écrire une seule phrase vraie. Ecris la phrase la pus vraie que tu connaisses. Ainsi, finalement, j’écrivais une phrase vraie et continuais à partir de là. C’était facile parce qu’il y avait toujours quelque phrase vraie que j’avais lue ou entendue ou que je connaissais. Si je commençais à écrire avec art, ou comme quelqu’un qui annonce ou présente quelque chose, je constatais que je pouvais aussi bien déchirer cette fioriture ou cette arabesque et la jeter au panier et commencer par la première affirmation simple et vraie qui était venue sous ma plume. » « Paris est une fête » n’est pas un roman. C’est un épisode de la vie d’Hemingway, au moment de son retour de la seconde guerre mondiale où il s’était engagé sur le front italien en tant qu’ambulancier. Au moment de son expatriation à Paris dans les années 1920, pendant les premières années où il vivait avec sa première femme Hadley et lorsqu’il a écrit ses premiers romans (« Le soleil se lève aussi »). Surtout, pour ceux qui écrivent ou rêvent de s’y mettre, « Paris est une fête » est un documentaire vivant, par brèves de vie racontées, par un collage de souvenirs d’Hemingway sur sa vie à Paris, c’est un témoignage de son expérience d’écrivain. Les doutes, la pauvreté, les joies simples et l’espoir de vendre quelques nouvelles à des revues littéraires nous rappellent que la littérature connaît un enfantement difficile. Mais surtout, je ne voudrais pas mal me faire comprendre, ne croyez pas qu’il s’agit d’un livre élitiste ou tourné vers lui-même. La vie est présente à chaque page, elle est vraie comme l’auteur aurait voulu l’exprimer et on se plonge dans le quotidien de l’auteur où il nous montre à quel point il est possible de vivre dans le présent et d’en ressentir les joies primaires. Ce bonheur s’exprime d’autant plus intensément qu’il est vécu à Paris, une ville aimée de l’auteur qui lui rend un hommage discret et sensible. Hemingway faisait partie de ce groupe d’écrivains américains expatriés, au même titre que Scott Fitzerald, Ezra Pound, Gertrude Stein…la génération perdue (« lost generation »). Pas la peine vraiment d’en dire plus, je terminerai peut être donc sur cet extrait de souvenir raconté par Hemingway lorsqu’il faisait la route avec Fitzerald : « Ecoutez, Scott, dis-je, vous êtes en parfaite santé. Si vous voulez prendre toutes les précautions contre un refroidissement, restez simplement au lit et je vais commander pour chacun de nous une citronnade et un whisky et vous boirez les vôtres avec un cachet d’aspirine et vous vous sentirez très bien et vous n’attraperez même pas un rhume de cerveau. - Ces vieux remèdes de bonne femme ! dit Scott. - Vous n’avez pas de température. Nom de Dieu, comment pourriez-vous avoir une congestion pulmonaire sans température ? - Ne me lancez pas de jurons, dit Scott. Comment savez-vous que je n’ai pas de température ? - Votre pouls est normal et vous ne me semblez pas avoir de fièvre, au toucher. - Au toucher, dit amèrement Scott. Si vous êtes vraiment mon ami, procurez-moi un thermomètre. - Je suis en pyjama. - Envoyez quelqu’un en chercher un. » Je sonnais le valet de chambre. Il ne vint pas et je sonnai de nouveau et je descendis dans le hall à sa recherche. Scott était étendu, les yeux fermés, respirant lentement et avec précaution ; sa couleur cireuse et ses traits parfaits lui donnaient l’air d’un petit Croisé défunt. Je commençais à en avoir assez de la vie littéraire – si c’était cela la vie littéraire – et je regrettais déjà de ne pas pouvoir travailler et ressentais l’impression de mortelle solitude qui survient à la fin de chaque journée gâchée. J’en avais vraiment assez de Scott et de ses comédies idiotes […] Il était impossible d’en vouloir à Scott plus qu’à n’importe quel fou, mais je commençais à m’en vouloir moi-même pour m’être laissé entrainer dans cette aventure stupide. J'ai toujours eu du mal à croire qu'il s'agit de la même personne qui se suicidera en fin de vie... Martin Zygmunt
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