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Vous faire decouvrir les poètes du monde arabe (1 viewing) (1) Guest
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TOPIC: Vous faire decouvrir les poètes du monde arabe
#585
marrou (User)
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Vous faire decouvrir les poètes du monde arabe 5 Months ago Karma: 1  
Bonjour à vous tous,

j'ouvre ici une petite fenetre pour vous laisser entrer dans l'ambiance de la sensibilité poétique écrite en langue arabe et vous faire découvrire ses meilleurs poètes d'hier et d'aujourd'hui:
 
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#586
marrou (User)
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Adonis:Le poète du vent 5 Months ago Karma: 1  


Petite biographie:

Né à Qassabine, un village des montagnes du nord de la Syrie, en 1930, Adonis, de son vrai nom Ali Ahmad Sa'id, est formé dès son très jeune âge à la poésie par son père, un paysan lettré. Il publie ses premiers poèmes dès l'âge de dix-sept ans dans un journal de Lattaquié. Il signe déjà du nom d’Adonis.

Dès lors, il s’engage pour une poésie libre et universelle, dégagée de toute entrave, de toute frontière linguistique, idéologique ou culturelle.


Après des études de philosophie à l'université de Damas, Adonis choisit Beyrouth pour fonder en 1957, avec son ami, le poète Yûsuf al-Khâl, le groupe Chi'r (Poésie) et la revue du même nom.

L’influence de cette revue sur la littérature arabe contemporaine est considérable. Elle offre une ouverture à la poésie moderne occidentale dont la forme et le fond se répercutent sur la poésie arabe jusqu’alors plus traditionnelle.

Le recueil Les Chants de Mihyar le Damascène paraît en 1961 et symbolise l’un des actes fondateurs de la poésie arabe moderne. La traduction en français, qui aura lieu en 1983, marquera pour Adonis le début de sa reconnaissance mondiale.

Aujourd’hui, la poésie d’Adonis, faite de multiples échos, porte sa voix par delà les frontières de l’espace et du temps.


Mémoire du vent:

Ce qui caractérise, au prime abord, la poésie d’Adonis, c’est l’ouverture au monde et la recherche de soi :

« je marche vers moi
et vers tout ce qui vient »

Le poète est dans la mouvance du questionnement autant qu’il est dans l’adéquation des choses. Sa démarche le conduit à errer pour connaître, à découvrir ce qui est embusqué tout en accordant à l’être ainsi qu’à l’univers leur part d’ombre et d’inconnaissable. Car, s’interroge-t-il, qui, de l’univers ou de soi, a créé l’autre ? L’imagination, l’interprétation des phénomènes, les sensations – par leur caractère subjectif – ne mènent-elles pas, sinon à la création du monde, du moins à sa recréation ? Bien sûr, nous sommes là essentiellement dans le symbolique, dans la “représentation du monde” au sens où l’entendait Schopenhauer entre autres.

Le thème de la mort est omniprésent dans l’œuvre d’Adonis :

« parce que je marche mon linceul me rattrape »

Mais il s’agit d’une mort, elle-même, en mouvement.
Rien de statique, donc, dans la pensée, dans les mots du poète. La marche – dans tous les sens du terme – apparaît comme un concept philosophique, une réalité prégnante de la conscience. Et le vent, lui-même, porte la parole avec sa mémoire et ses formes sans cesse renouvelées.

Le vent, ce nomade, ce conteur, à la mémoire ancestrale de la nature des hommes et des choses. Cet insaisissable chant, polymorphe – comme la mort, cet autre caméléon des ténèbres et du temps.

Et l’errance est un mode de pensée toujours mutant, toujours prêt à s’affronter à de nouveaux horizons, aujourd’hui insoupçonnés.

L’esprit de découverte (comme on se met à nu ou dénude ce qui est autre) voilà bien le décor théâtral d’Adonis, avec des scènes offrant une mythologie personnelle : celle d’un dieu qu’il crée ; de vents dont il est le roi ; de la nuit “hutte bédouine” ; de la Mère qui fut créée en sept jours et qui créa en sept jours “la vague, l’horizon et la plume du chant”…

Mais, toujours présente : la blessure – cette béance que l’on rencontre à chaque détour de la langue ; cet aiguillon qui stimule le nerf des mots, l’empêchant de s’engourdir. La blessure : celle de l’être ontologique ; de l’enfant qui prend conscience de la finitude du monde. La blessure.

« La vie est ma victime et je ne sais comment mourir –
mon temps est caché, il est sous mes yeux. »

Le temps, n’est-ce pas nous qui le dilatons comme un gaz éphémère ou le contractons comme une vulgaire maladie. ? Ce temps psychologique faisant écho au temps quantique – partout et nulle part à la fois.

Et le poète s’affronte au présent avec sa seule parole comme bouclier, rempart, mais aussi offrande, ouverture, fenêtre sur le monde.

« La nature ne vieillit pas
sauf dans une chose : les mots. »

Ainsi apparaît la fragile pérennité du langage, sa force dans la finitude du mot qui s’impose. Paradoxe de ce qui est roc et poussière, enclume et marteau, plume et chant.

L’écriture d’Adonis – qu’il parle de la femme, de la mer, de l’origine ou de l’instant – intègre la distinction du nomade du désert, et cette précision au scalpel du mot placé là où le phonème ajuste le rythme général du poème.

Sens et sensations sont ainsi liés dans un grand jeu de mots où alternent et se confondent fluidités, ruptures, allitérations.

Le lyrisme prend toute sa signification, dans le chant (champ) du poète, par sa liberté de ton (au sens musical du terme), par l’expression tout à la fois spontanée et contrôlée des sentiments en interaction avec le monde, par cette recherche contrapuntique de la parole et du verbe.

Le mystère de la mémoire du vent réside en ses contraires, dans ces turbulences qui nous ballottent d’un monde à l’autre, tout en étant, toujours, dans un même univers.



Daniel LEDUC
 
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#587
marrou (User)
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une conversation avec sa fille Ninar 5 Months ago Karma: 1  
Ninar :Comment pourrais-tu décrire ta relation à la langue arabe ?
C’est ton outil de travail, ton identité, ton corps, ton âme ?

Adonis : Je ne me vois en aucune autre langue. La langue arabe m’habite, à un point qu’elle est jalouse de toute autre langue. Et je crois que le puissant enracinement de la langue arabe en moi a fait que je n’ai jamais été doué pour les autres langues. Je l’ai tellement aimée qu’elle m’a aimé, encerclé, et empêché d’apprendre une autre langue…

N : C’est quelque chose que j’ai senti…

A : Une amie m’a dit une fois, après m’avoir entendu dire ma poésie : « Tu n’as pas besoin d’une femme, tu fais l’amour avec la langue ! » Elle avait raison !

N : Quelle relation me conseilles-tu d’avoir avec elle ? Parce que c’est quelque chose qui m’angoisse. J’écris un peu en arabe, mais ce n’est pas suffisant. Je sens cette langue comme un devoir, un fardeau, ou comme une amante que je délaisse et qui me hante. Par ailleurs, je sens que je dois la maîtriser pour mieux te connaître et pour garder mon identité arabe. Je suis tiraillée entre ces deux positions. J’ai l’impression qu’elle va me révéler plein de choses sur toi ! C’est bizarre, non ?

A : Oui, c’est un problème, mais je ne peux pas le régler pour toi. Tu dois t’en occupier toute seule, parce qu’il est impossible de comprendre un poète si l’on ne comprend pas parfaitement la langue qu’il utilise. À travers la traduction, on peut avoir un certain accès, comprendre les idées, les images, des choses générales, on peut ressentir une certaine poétique, mais pour que l’on puisse vraiment comprendre un poète il faudrait le lire dans sa langue maternelle. C’est le problème de la traduction et, en quelque sorte,c’est le problème que tu rencontres.

N : Mais à quel point dois-je la connaître ?

A : Tu dois la connaître parfaitement. Et maintenant il est difficile pour toi de la maîtriser.

N : Quelle est la limite ? Qui peut délimiter le niveau ?

A : Une langue, on ne peut pas la posséder totalement. On ne la possède que partiellement. La langue est comme un horizon sans fin vers lequel on avance. Plus on avance, plus tu sens que ta connaissance de la langue diminue… Mais il existe égalementun aspect social : l’on naît au sein d’une langue qui constitue notre peau, nos veines et notre sang. Si, depuis le tout début, on n’a pas été élevé au biberon comme on dit, on ne peut pas apprendre la langue. On peut l’apprendre et la lire, mais on ne peut pas vraiment l’écrire. Car elle est comme le premier cri que tu pousses à ta naissance, ton premier sanglot. Toi, en tant que créatrice et artiste, la langue que tu utilises doit être à ce niveau-là… Maintenant, tu peux choisir la langue française, alors il y aura toujours cette barrière entre nous, une barrière poétique et linguistique, et tu dois l’accepter, et elle ne doit pas être une source d’angoisse pour toi. Je ne sais pas quelle est la langue avec laquelle tu peux hurler et pleurer, je ne sais pas si c’est l’arabe ou le français, mais en tout cas je crois que ta langue arabe va rester une langue de culture, mais pas une langue maternelle…
--------------------------------------------------------------------------------

N : Surtout que parfois j’ai l’impression que, toi et la langue arabe, vous constituez un couple indestructible ! Que vous vous êtes mariés pour le meilleur et pour le pire… Parfoisj’ai l’impression qu’elle est ta sœur, et que c’est ton père qui te l’a confiée, en te demandant de t’occuper d’elle, de l’aimer, de vivre avec elle, de tout faire pour la render heureuse et belle… Elle brille entre tes mains, dans ta bouche surtout. Elle est à la fois ta femme, ta sœur et ta fille. Inutile de te dire que c’est la seule qui me rend véritablement jalouse, car elle est vraiment belle, forte, amoureuse, elle est pétillante, enflammée,passionnée, assassine, subtile, elle est poésie, elle est sophistiquée, et elle est merveilleuse, ensorceleuse. Dans ta bouche, sous ton palais, sur ta langue et au fond de ta gorge… Les mots boivent ta salive, ils sont humides, chauds… Quand les mots quittent ta bouche, ils s’agglutinent à nouveau dedans, c’est un mouvement sans fin, tu les crées à nouveau. Car le même mot dit par toi et par un autre, ce n’est pas pareil… Avec les autres,le mot a du sens en moins, alors qu’avec toi, il en a en plus… Tu leur fais faire ce que tu veux, tu les sculptes, tu les fais tanguer. T’entendre réciter tes poèmes, c’est un vrai tango, mêlé de flamenco et d’une touche de danse orientale… De la passion, du désir, de la volupté et de l’envoûtement…

A : C’est vrai. Et ça peut créer des barrières entre moi et les lecteurs arabes, parce qu’ils ne peuvent pas capter ma langue, et la comprendre totalement.

N : Je crois que si l’on veut vraiment comprendre tes poèmes, il faut comprendre quec’est un acte d’amour, qu’il existe vraiment une relation charnelle entre toi et la langue.Il ne faut pas vraiment comprendre le mot en soi, il faut plutôt comprendre ta relation avec la langue arabe, prendre en compte que ce ne sont pas que des mots comme ça,mais des mots dits par toi…

A : C’est très important ce que tu dis. Tu l’as découvert toute seule ?

N : Oui, car c’est évident, en fait ça s’entend, ça se voit…

A : Tu sens que la langue arabe m’a mis dans un haram1?

N : C’est ton amante.

A : Elle crée un haram autour de moi, et elle fait en sorte que les lecteurs ne puissant pas me saisir, me comprendre parfaitement. Lorsque tu observes la plupart des poètes,lorsqu’ils écrivent et utilisent cette langue, tu as l’impression qu’ils se trouvent dans un endroit, et que la langue arabe se trouve à un autre endroit…

N : C’est justement pour cette raison que je trouve maintenant que la langue arabe, c’est toi. Ça ne peut pas être autre chose, même si je n’ai pas lu tes poèmes, je sens que le rapport entre vous deux est tellement fort… Je ne l’ai jamais entendu chez quelqu’un d’autre de vivant… Évidemment, si tu me dis Al-Moutanabi,2 ou je ne sais pas qui,d’accord, mais ils sont morts…

A : Il y a beaucoup de gens qui seraient d’accord avec toi, tu n’es pas la seule à dire ça.Tous ceux qui m’entendent dire mes poèmes disent que c’est autre chose, une autre expérience. Ils ajoutent qu’il n’y a personne dans le monde arabe qui sache lire les poèmes en dehors d’Adonis…

…………………………….
1. Haram : Ce qui est défendu, sacré.

2. Al-Moutanabi (915-965) : considéré comme le plus grand poète arabe.
…………………

Présentation de l'éditeur
" Crois-tu que l'on puisse survivre à un père comme toi ? Surtout avec un monde arabe en grave crise sociale, politique, religieuse et intellectuelle ? Un fanatisme bête et dévastateur ? Tu représentes pour moi une sorte d'espoir et de rempart contre cette décadence du monde arabe, contre ce fanatisme islamique qui n'a pour but que le pouvoir. Si tu n'étais plus là, j'ai le sentiment que je prendrais cette violence de plein fouet ! " Ninar Esber interroge son père, le poète Adonis, au cours de dix entretiens très intimes, sur sa formation, son rapport à l'Islam, à la poésie, à sa Syrie natale et au Liban, où ils ont vécu jusqu'à la guerre, sur les femmes, sur le voile, sur les monothéismes, sur le terrorisme. Adonis, très hostile à tout embrigadement religieux et, de manière générale, à tout fanatisme, parle avec simplicité de la sexualité, du désir, du mariage, de la fidélité, de l'amitié, de la sensualité et bien sûr de la création. Ninar, jeune femme provocante et sincère elle-même, est violemment critique par rapport à la façon dont les femmes sont considérées dans les pays musulmans. une double leçon de liberté.
 
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#588
marrou (User)
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A la face du vent... 5 Months ago Karma: 1  
J'ai écrit mon identité
A la face du vent
Et j'ai oublié d'écrire mon nom.

Le temps ne s'arrête pas sur l'écriture
Mais il signe avec les doigts de l'eau

Les arbres de mon village sont poètes
Ils trempent leur pied
Dans les encriers du ciel.

Se fatigue le vent
Et le ciel déroule une natte pour s'y étendre.

La mémoire est ton ultime demeure
Mais tu ne peux l'y habiter
Qu'avec un corps devenu lui même mémoire.

Dans le désert de la langue
L'écriture est une ombre
Où l'on s'y abrite.

Le plus beau tombeau pour un poète
C'est le vide de ses mots.

Peut être que la lumière
T'induira en erreur
Si cela arrive
Ne craint rien, la faute est au soleil




Adonis
 
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#641
Rutger (User)
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Re:Vous faire decouvrir les poètes du monde arabe 4 Months ago Karma: 0  
Bonjour marrou,

La poésie arabe m'est totalement inconnu. Je trouve ce topic une bonne idée. Ce qui n'est pas connu, d'habitude on n'aime pas.

Un auteur que j'aime connaitre mieux est un poete perse, Hafiz, qui a influencé Goethe. Est-ce que tu sais me donner un peu ?

Merci
 
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#705
Effarouchée (User)
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Re:Vous faire decouvrir les poètes du monde arabe 1 Month, 1 Week ago Karma: 1  
Peut on ranger Katheb Yacine dans cette catégorie. Il écrit des romans en langue francaise. Mais Nedjma est avant tout l'oeuvre d'un poete. Je vous conseil la lecture de ce roman passionnant
 
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#711
Martin Zygmunt (Admin)
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Re:Vous faire decouvrir les poètes du monde arabe 1 Month, 1 Week ago Karma: 7  
Je me suis posé la même question.

Est-ce le pays de naissance qui détermine la "nationalité" d'une œuvre ou la culture de l'auteur ?

Je pencherais plutôt pour la culture personnellement. Mais quid des cultures mélangées... bref, toutes ces questions, je ferais mieux de me coucher, fatigué moi ce soir.

Mzz
 
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